Expliquer la mort aux enfants, aux tout-petit nous tétanise. Comment parler de la mort ?

Nous, adultes, avons la tendance naturelle à protéger nos enfants. L’idée même de les confronter à la mort nous effraie. On a peur de transmettre nos propres angoisses à nos chérubins. Si on combine cela à notre nature humaine emplie de contrôle et d’une volonté farouche d’immortalité, vous aurez là la recette d’un tabou.

On met tout ça sous le tapis et on oublie ! Attention, l’enfant lui n’oubliera pas et ça ressortira un jour ou l’autre. A ce moment, planquez vous parce que ça va faire mal !!!

 

Nous mettons une barrière forte vis-à-vis de la mort. 

Nous n’osons pas la regarder en face alors s’exprimer sur le sujet est encore plus délicat.

En discuter maladroitement ou ne pas en parler peut provoquer des cauchemars, angoisses, incertitudes.

Et c’est la dernière chose que l’on souhaite.

Cependant, c’est un fait, nous serons tous confrontés à un moment ou à un autre à cette réalité, car c’est notre finalité à tous.

Si nous éprouvons nous adultes, parents déjà des difficultés face au décès, comment l’expliquer à nos enfants ? Comment aborder le sujet, parler de la mort à un enfant ?

Pour l’enfant, le parent est sa référence, il vous observera, copiera et s’éduquera en vous singeant, en regardant votre propre attitude face à la mort.

Je me souviens encore quand il a fallu annoncer à mon fils de 3 ans que son arrière-grand-mère était décédée. Je me suis retrouvé bête, ne sachant que lui dire. Par quel bout je vais commencer, quels mots je vais employer ?

Je me sentais stressé à l’idée de lui en parler.

Dois-je aller au frontal et lui annoncer crûment les choses ou alors j’emploie des métaphores plus à sa portée ?

Alala, j’étais perdu !

Complètement démuni, on se sent rapidement impuissant.

Pour ne pas que ça vous arrive, voyons ensemble des outils simples qui permettent de faire face à ce genre de situation. Vous allez voir, c’est plus facile que ça en à l’air.

icone check Vous pouvez retrouver les bons conseils pour réconforter un ami en deuil.

une fillette est allongée sur le ventre sur un canapé bleu

Comment les enfants voient la mort ?

Les tout-petits ont un fonctionnement différent des adultes. Leur raisonnement, leur conception des choses sont étroitement liés à l’émotionnel. Ce n’est pas une réflexion rationnelle.

Ainsi, nous avons parfois du mal à les suivre, à les comprendre.

Cette situation provient du néocortex. Cette partie frontale du cerveau capable d’analyser les situations, de prendre du recul. Elle gère également les émotions.

De plus, cette partie du cerveau, nous aide à faire la différence entre réalité et fiction.

Or avant 6 ans, ce néocortex n’est pas encore développé et les connexions avec les autres parties du crâne sont incomplètes et/ou imparfaites.

 

De plus, il y a trois grands principes à connaître :

Pour l’enfant, la mort n’est pas définitive. On le remarque souvent à l’occasion des jeux, l’enfant tue puis il vous dit après : “allez tu n’es plus mort”. Dans ces conditions, la mort apparaît comme un jeu à ses yeux. On peut donc échapper à la mort et elle n’est pas irréversible.

Pour l’enfant, la mort est contagieuse : Quand quelqu’un meurt, surtout dans le cas d’une maman ou d’un papa, l’enfant peut développer une peur que le parent restant “n’attrape” la mort. Parce que ça lui renvoi avant tout à la peur de l’abandon.

Pour l’enfant, la mort n’est pas universelle, elle ne s’applique pas à tout le monde. Ainsi, il peut tuer un insecte sans se rendre compte qu’il donne la mort.

Chez l’enfant, les questions sur la mort peuvent venir très tôt. Parfois, dès qu’il commence à parler. Surtout s’il a été confronté à la mort de quelqu’un ou d’un animal ou bien parce qu’il en a entendu parlé.

 

Surprenant non ?

 

De plus, dans notre société marquée par les attentats, les psychologues ont remarqué que les enfants posaient des questions plus tôt que les générations précédentes.

 

 Les petits s’interessent à la mort dès l’apparition du language

 

Voici un excellent récapitulatif selon les âges de ce que l’enfant comprend de ce concept. Bien entendu, il faut le lire de manière générale, cela dépendra aussi du vécu de l’enfant.

  • de 0 à 2 ans : L’enfant n’a pas conscience de la mort.
  • à 3 ans : la mort est apparentée à de l’absence, de la séparation, du manque.
  • à 4 ans : Pour lui cela reste avant tout un jeu.
  • à 5 ans : La mort devient plus sérieuse, il commence à comprendre certains aspects.
  • à 6 ans : L’enfant fait la distinction entre le sommeil et la mort cependant elle n’est toujours pas irréversible.
  • à 7 ans : La hiérarchisation des valeurs se met en place. Il est capable de différencier la mort d’une personne et celle d’un animal.
  • à 8 ans : il comprend que la mort est universelle et définitive.
  • à 9 ans : Les questions se font plus précises sur la mort et de ce qu’il existe derrière. Il peut même arriver à ses poser des questions sur sa propre mort et à développer les angoisses associées.

 

Maintenant que nous savons comment ils fonctionnent face au concept de morts voyons ce que nous parents pouvons faire pour les accompagner, leur expliquer, leur annoncer un décès.

 

 

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Comment expliquer la mort au tout-petit ?

Votre enfant s’intéresse à la mort ? Notre petit bout de chou jour tranquillement avec sa poupée préférée et là, il vous sort : “C’est comment quand on est mort ?” Vous étiez bien tranquillement installé sur votre canapé et voilà que vous devez faire face à la question qui tue !

Une personne proche que votre enfant connaît va mourir. Votre chien est sur le déclin. Il vous pose de plus en plus de questions sur la mort. Il est temps d’aborder le sujet avec lui et de lui expliquer.

 

Vous ne couperez pas à cette phase d’explication.

 

Vous anticiperez mieux et plus sereinement l’inévitable.

Profitez alors du quotidien pour amener le sujet petit à petit. Un bon moyen est d’utiliser les insectes ou les plantes pour leur expliquer le cycle de la vie. Expliquez-leur de façon pédagogique, pas à pas.

L’analogie avec les plantes est parfaite, les bourgeons se forment deviennent des fleurs. Puis les fleurs se fanent, meurent et régénèrent le sol pour permettre à d’autres bourgeons de pousser.

Un excellent conseil que j’ai mis en pratique plusieurs fois est de lui laisser la parole en premier. Avec cette question simple : Que sais-tu de la mort ?

On peut aussi enchaîner avec qu’à tu compris de la mort ? Est-ce que tu peux m’expliquer ?

Votre enfant va alors vous répondre, et s’ouvrir car vous avez posé une question générale non orientée.

Vous saurez alors où il en est intellectuellement.

 

Lui poser des questions ouvertes favorisera le dialogue.

 

Pour vous, ce sera alors bien plus simple, vous pourrez réutiliser ses mots, clarifier ce qu’il ne comprend pas.

Dans la mesure du possible, ne laissez pas de blanc dans sa réflexion ou de choses en suspens.

Émotionnellement, il sera un peu mieux préparé. Vous vous ajusterez à votre enfant et à ce qu’il a compris.

Vous pourrez alors avec plus de sérénité en parler ou annoncer une mauvaise nouvelle. Et vous prononcerez vos mots dans le respect de sa sensibilité avec attention et douceur.

Les émotions sont plus saines quand elles sont exprimées et non retenues surtout chez l’enfant. Nous l’avons vu c’est un être émotionnel et non rationnel !

Le dialogue instaure une confiance entre vous et il sera plus ouvert pour s’exprimer, poser des questions. Il doit pouvoir librement vous questionner, exprimer ses inquiétudes, sa douleur, sa tristesse.

 

N’ayez pas peur de parler de mort avec votre enfant, parler avec eux est la clé.

 

Un mensonge pour éviter que votre fils ou votre fille souffre est plus dangereux que la vérité. Vos enfants sont plus armés que l’on croit pour affronter les pires situations.

Pour bien vivre son deuil, votre progéniture doit en connaître la réalité. Il faut aussi le réconforter par rapport à certaines peurs.

Outre le mensonge, le silence est la pire solution que vous pouvez adopter. Vous laissez alors votre enfant avec ses questions, ses doutes voir ses peurs, ses angoisses.

 

Le mensonge et le silence sont à proscrire.

 

Comment réagir quand il me pose des questions sur la mort ?

Dites lui tout d’abord que sa question est importante. Cela créera un lien de confiance entre vous. Utilisez le même principe que décrit précédemment : demandez-lui avant de répondre ce que lui a compris ou ce qu’il a entendu. Ne vous précipitez pas pour répondre.

 

Mieux vaut réfléchir que de dire n’importe quoi.

 

S’il vous pose des questions, répondez-y. Répondez quoi qu’il arrive.

 

Ne le laissez pas s’imaginer tout et rien. Si selon votre religion ou votre philosophie vous ne désirez pas aborder un sujet alors dites que la mort est un mystère et que l’on ne connaît pas encore tout. Ce n’est pas l’idéal mais ce sera votre décision et assumez la.

Dites lui dans ce cas que cet aspect de la mort reste un mystère. Mais dans la mesure du possible soyez honnête et répondez en tenant compte de son âge et de sa sensibilité.

Peu importe qu’il soit directement confronté à la mort ou qu’il se pose des questions ne croyez pas que votre enfant ne soit pas armé pour affronter la réalité. Vous lui montrerez du respect, de la confiance. Vous pourrez ensuite créer un dialogue ouvert avec lui.

Sinon plus tard, il vous accusera de lui avoir menti. Peu importe comment vous avez réagi, vous pourrez ainsi lui dire que vous avez répondu au mieux de vos possibilités à ce moment.

 

 

Laissez-lui le temps de la réflexion et prenez le temps de répondre à ses questions.

icone check Pour aller plus loin, allez lire l’article comment surmonter un deuil ?

un garçon prie dans un cimetière enneigé

Mon enfant est confronté au décès d’un proche

Vous avez suivi mes conseils, vous lui avez demandé ce qu’il comprend de la mort. Vous avez instauré un dialogue avec lui et vous lui avez montré que vous êtes ouvert pour lui en parler. Vous êtes déterminé à ne pas lui mentir.

Bravo, je vous félicite, vous avez déjà parcouru un grand chemin.

Maintenant vient le moment de lui annoncer la mort d’un grand-père, d’une grand-mère, d’un oncle ou d’une tante ou d’un ami qu’il connaissait.

 

Commencez par lui annoncer, il n’y a pas de bonne méthode autre que de le dire. Ne tournez pas autour du pot. Ne niez pas la mort, prenez votre courage à bras-le-corps pour lui annoncer.

Dites simplement : “Jacques est mort”, “ton grand-père est mort”.

Décrivez-lui comment c’est quand on meurt. Avec des mots à sa portée. De la simplicité et de la clarté et du concret sont vos meilleurs atouts.

 

On va alors lui dire des choses comme :

  • Le coeur s’arrête
  • Les yeux se ferment et on ne peut plus les ouvrir.
  • On ne peut plus bouger
  • On ne peut plus rester debout
  • On est enterré
  • On est mis dans une boîte
  • C’est un sommeil et on ne se réveille pas.

 

Ensuite, viendra le temps de la consolation. Prenez-le dans vos bras. Laissez-le pleurer sans le laisser seul. Ne le laissez pas affronter seul cette épreuve, n’oubliez pas que vous êtes son référent. C’est de votre responsabilité.

 

L’enfant doit pouvoir s’appuyer sur vous.

 

Partagez avec lui votre propre chagrin. Rassurez-le sur votre état de santé et que cela ne vous arrivera pas (du moins pas tout de suite, restez avec moi !). Insistez sur le fait qu’il n’est en rien responsable de la situation. C’est une des grandes peurs de chaque enfant comme nous l’avons vu en début d’article.

 

Vos enfants peuvent réagir de manières très différentes selon leur caractère. Certains s’en ficheront, d’autres seront très affectés, d’autres encore comme mon fils vous diront : “Ah ok d’accord”.

 

Laissez-leur le temps, vous pourrez plus tard leur demander comment il se sent, ce qu’il ressent. Amener la discussion sans orientation. Qu’en penses tu ? Raconte moi ?

Gardez à l’esprit qu’un enfant sans réaction ou sans la réaction attendue n’est pas le signe qu’il n’éprouve pas de chagrin.

Dites-lui que l’on n’oubliera pas la personne décédée que son souvenir restera vivant.

J’ai conscience de la portée de ce qui suit et j’assume.

Si votre enfant se renferme, refuse de voir la mort, nie son chagrin, faites-le pleurer. Faites sortir ce qu’il garde en lui.

Percez la carapace qu’il souhaite se mettre, brisez la barrière avant qu’elle ne devienne un mur infranchissable. Percez la douleur avant qu’elle ne devienne un abcès purulent qui de toute façon percera plus tard avec tous les dégâts que ça provoquera.

Mettez-le en face de la réalité, en lui parlant en lui montrant ce qu’il a perdu même si cela vous paraît cruel. Videz-le de tout son chagrin !

 

Si tout cela vous dépasse, faites vous aider.

 

Par la suite, lui aussi devra faire son deuil. Ce n’est pas réservé aux adultes. Vous devrez l’accompagner dans ce processus.

L’enfant va être confronté à l’absence. Vous devrez alors l’aider à affronter cette absence, à faire son deuil.

Il est courant qu’une séparation se vive avec des séquelles immédiates comme des cauchemars, des angoisses, une baisse des résultats scolaire. Des peurs peuvent surgir : peur de voir tout le monde mourir autour de soi, culpabilité de continuer de vivre, volonté de trouver un coupable à tout prix.

C’est votre rôle de parent dans ces situations de le réconforter, de lui donner de l’affection et surtout, surtout de continuer le dialogue.

 

Je me répète, je le sais mais c’est essentiel.

 

Le dialogue doit être ouvert à toutes les phases du deuil

 

Faire le deuil ce n’est pas oublier, c’est en partie parce qu’on a peur d’oublier que le deuil est si douloureux. Faire le deuil, c’est dépasser l’absence et en faire quelque chose, quelque chose qui rend moteur, qui aide à vivre.

 

Pour résumer les grandes étapes à suivre :

 

  • La préparation avec du dialogue
  • L’annonce du décès
  • La description de la mort
  • La consolation
  • L’expression de ses sentiments
  • Commencez le processus de deuil avec lui.

 

Rien n’est facile, rien n’est évident. Le deuil nous frappe comme un coup d’épée tranchante dans le coeur.

Mon enfant perd son animal de compagnie que faire ?

Que ce soit une personne ou un animal adoptez les mêmes principes. S’il perd son animal de compagnie, vous pourrez utiliser la même méthode. Surtout avant  7 ans pour votre enfant la mort d’une personne ou d’un animal est apparentée.

 

Un animal est un point de référence pour l’enfant. Quand il perd son animal favori, il ne faut surtout pas lui cacher. C’est un moment important pour l’enfant, c’est souvent sa première confrontation avec la mort. Il est bon de pleurer avec lui, de partager la peine et le chagrin.

 

Ne négligez pas une chose importante. Il a pris soin de son animal, l’a nourri. Il l’a soigné, s’est occupé de lui et le voilà mort. Il est primordial de le rassurer sur sa responsabilité. Ce n’est pas de sa faute si l’animal est mort. Pensez à la rassurer et lui expliquer ce fait.

 

Ne cachez pas la mort de l’animal

 

Vos bambins seront souvent contents et accepteront l’idée de faire un enterrement. Proposez-lui un rituel. Ce sera l’occasion pour lui de faire un dessin, une chanson. Si vous ne pouvez l’enterrer alors symbolisez l’animal avec une croix, des cailloux ou encore enterrez un de ses jouets.

 

Si l’animal a été écrasé par une voiture ? On ne va pas lui montrer le cadavre, plutôt lui proposer d’enterrer une touffe de poil ou un objet qui lui rappelle l’animal.

L’animal s’est noyé ? Aller ensemble déposer quelques fleurs sur l’eau.

La symbolique est très importante, faites quelque chose en lien avec ce qui s’est passé ou avec ce que l’animal représentait.

Ne rachetez pas le même animal, on ne peut remplacer ce qui a été, l’animal était un être vivant. Demandez à votre progéniture ce qu’il souhaite est plus positif et accompagnera mieux le deuil.

 

La mort d’un animal le prépare mieux à sa confrontation à la mort humaine.

 

L’enfant doit pouvoir participer au deuil de son animal

Utilisez des supports

Les supports sont extrêmement importants quand vous expliquez à votre petit une notion abstraite ou complexe.

En premier lieu : le dessin

Vous allez pouvoir laisser votre enfant s’exprimer. A travers le dessin il matérialise ses émotions et les exprime. Il va avoir le rôle de défouloir émotionnel.

Ensuite, vous pourrez demander à votre enfant de vous expliquer ce qu’il a dessiné. Il pourra le décrire avec ses propres mots.

Le dessin servira à la fois d’exutoire et à la fois de support pour vos discussions. Vous saurez ce qu’il a à l’intérieur de lui, ce qu’il éprouve. C’est un très bon support car l’enfant n’a pas toujours les mots à mettre devant ses émotions.

un enfant dessine sur une feuille avec des feutres

En deuxième lieu : les livres

Le livre est un excellent support pour apprendre une notion ou accompagner vos explications.

A l’encontre de ce que l’on peut penser les maisons d’éditions jeunesse ne prennent pas de gants. Ils nomment la mort, l’expliquent. Ils le font avec beaucoup de pédagogie. Les mots sont choisis et appropriés à l’âge de l’enfant (vous trouverez les indications au dos du livre)

 

Dans ce cadre, la mort n’est pas taboue, loin de là.

 

Je vous encourage donc à acquérir un ouvrage comme support à vos propres explications. L’illustration permettra à votre enfant de visualiser le sujet. Les images accompagnent le deuil et la lecture de livres peut être salvatrice si elle est accompagnée et suivie d’une discussion avec lui pour savoir ce qu’il a compris ou il en est.

Vous pourrez alors choisir le livre avec soin, le mieux adapté à sa sensibilité et à son avancée dans la compréhension. En bas de page, vous trouverez des livres intéressants sur le sujet de la mort à lire à vos petits. Je vous ai mis des liens vers ces livres (liens affiliés)

En troisième lieu, les photos, l’arbre généalogique…

Ces supports permettront de ritualiser l’absence. Ils participeront à garder en mémoire celui qui est parti. Ce sont des moments de partage auxquels toute la famille peut participer.

Parler du disparu au quotidien, regarder ensemble des photos, permet aux enfants d’accepter leur deuil.

Il faut mettre à sa disposition d’autres instruments que le langage.

Lui offrir un cahier pour qu’il dessine son chagrin, écrive ses pleurs et ses émotions, lui proposer de rédiger une lettre ou un poème à la personne décédée pour lui dire ce qu’il a sur le cœur : ces moyens aident à déposer la souffrance.

L’enfant doit-il voir le corps ?

Si votre enfant est confronté à la mort d’un proche ou de son animal, doit-il voir le corps ?

Aller voir le corps d’un défunt n’est pas chose aisée. J’ai la boule au ventre rien que d’écrire ces mots. Je ne suis pas très à l’aise à l’idée de voir le corps d’un mort, ou de voir un défunt dans son cercueil.

Et pourtant, c’est important dans le processus du deuil de l’enfance que de voir le corps. Mais n’importe comment !

Mais c’est votre décision et assumez-là. A vous d’expliquer mais il devrait être représenté symboliquement. Souvent l’enfant à des fausses images dans la tête, il est important de pouvoir clarifier les choses, le rassurer sur certaines choses qu’il peut imaginer pour l’aider le mieux possible à vivre son deuil.

 

S’il le demande :

 

Il n’est pas rare que les enfants demandent à voir le corps. En tant que parent notre première réaction est de le préserver de cette vision

Là encore, ce sont nos propres filtres qui parlent. Les enfants sont rassurés par les rites quotidiens.

Les rites sont des passages précieux d’autant plus que l’épreuve du deuil est déstabilisante. Eux aussi ont droit à faire leur deuil. Il est donc bon de proposer à votre enfant de participer à ces rituels (mise en bière, funérailles, enterrement).

Si votre fille ou fils était présent lors de la mort il est fondamental qu’il voit le corps autrement. De sorte qu’il puisse garder en mémoire une meilleure image, d’autant plus que ce sera la dernière.

 

On prépare la présentation du corps.

 

On décrit les choses avant. On décrit le corps car les enfants ont beaucoup d’imagination.

Je déconseille la crémation car elle peut paraître violente et brutale à leurs yeux. On proposera alors à l’enfant de se faire représenter (par un doudou, un dessin, un petit cadeau de son choix) ou on lui proposera de participer à d’autres étapes.

Tout cela lui permet de nommer les choses, concrétiser l’adieu au mort et poser son chagrin.

Voir le mort peut aider à rendre la mort réelle.

Voir le corps est l’occasion d’expliquer que quand on meurt on a les yeux fermés, on ne bouge plus, le corps est froid et rigide.

Cependant, si la personne a été abîmée par la maladie ou lors d’une mort violente, selon l’état, il vaut mieux préserver leur sensibilité. On peut expliquer que la personne décédée a changé ou la protéger par un linceul.

 

Chaque étape permettra à votre enfant de mieux se représenter ce qu’est la mort.

Les parents à tort hésitent souvent à faire participer leurs enfants à l’enterrement d’un être cher, par peur de les traumatiser. En fait, ce rituel représente la seule conclusion et introduit au processus d’adieu. Les funérailles sont la reconnaissance publique qu’une personne importante de notre vie nous a quittés.

C’est un rituel qui signifie l’acceptation de cette réalité et qui met le corps physique à une place définitive qu’on pourra aller voir par la suite. Elles ont une grande importance dans le travail de deuil : ceux qui en sont exclus peuvent penser qu’ils n’occupent pas une grande place dans la famille.

 

Quoi que vous décidiez sur le sujet, c’est votre décision et assumez-là.

 

A vous d’expliquer s’il doit être présent ou non mais il devrait être représenté symboliquement. Souvent l’enfant à des fausses images dans la tête, il est important de pouvoir clarifier les choses, le rassurer sur ce qu’il peut imaginer pour l’aider le mieux possible à vivre son deuil.

 

S’il ne le demande pas

 

L’enfant n’a pas forcément l’idée de vous demander à voir le corps. Proposez-lui est ce qu’il y a de plus respectueux. Ne pensez pas à sa place, ce n’est pas parce qu’il ne le demande pas qu’il n’en éprouve pas le besoin.

Accompagnez votre demande de toutes les explications adéquates. Dites-lui ce qu’il se passera. Là encore ne laissez pas son imagination tourner à plein régime et répondez à toutes ses questions.

S’il refuse, ne lui imposez pas votre propre vision. Respectez ses désirs. Sinon pourquoi lui avoir demandé ? Si vous allez contre sa volonté, il développera des frustrations, des blocages, voir de la colère à votre encontre.

Ce serait dommage, il n’y a rien de tel pour perdre la confiance de quelqu’un.

Vous pouvez tout de même lui proposer des alternatives comme se faire représenter par un doudou. Vous pouvez lui proposer de donner un objet, un dessin, un poème, une chanson, etc..

 

Respectez la volonté de l’enfant

3 choses à ne pas faire pour parler de la mort au tout petit comme aux adolescents

Mentir, cacher la vérité :

A vos risques et périls, par la volonté de le préserver vous nourrirez sa frustration sa colère. Et plus tard, c’est vers vous qu’elle sera dirigée.

Cela ne veut pas dire qu’il faut tout dire à l’enfant, mais que chaque fois que l’on dit quelque chose à un enfant, cela doit être la vérité.

Lui donner des expressions toutes faites :

Dire les choses clairement à un enfant est difficile parfois mais nécessaire. Par contre, il est important de bien choisir ce qu’on va lui dire pour ne pas le perturber encore plus avec des expressions fausses. Ces dernières provoquent de graves confusions. L’enfant reste émotionnel et non rationnel (vous vous souvenez ?)

Utilisez un vocabulaire simple mais franc, ne soyez pas pudique dans vos expressions.

Ne lui dites pas : “Il s’est endormi”.

Ne vous plaignez pas par la suite s’il ne veut plus aller se coucher.

Ne lui dites pas “Ton papy est au ciel.”

S’il prend l’avion, il va le chercher partout.

 

Aujourd’hui vous ne dites pas, je lui donne ma petite fleur, vous dites, j’ai fait l’amour. Ben pour eux, c’est pareil. Je prend cet exemple pour vous montrer la naïveté et le ridicule de ces expressions.

Ne cachez pas votre propre peine :

A quoi ça sert ?

Le processus de deuil est plus efficace qu’il se partage. Si vous ne partagez pas votre peine, votre enfant le sentira. Oui oui, vous m’avez bien lu. Ils sont sensibles aux émotions et ont dans ce domaine d’excellentes perceptions. Et en retour, il ne le fera pas non plus. N’oubliez pas qu’il vous copie !

Bibliographie, des livres pour expliquer la mort

Parler de la mort, Catherine Dolto

Editions Mercure de France.

Les mots sont simples et explicites pour décrire la mort. A mon sens un peu dur pour une première approche mais sera un excellent support par la suite car avec son appui il va éliminer beaucoup de questions que pourrait se poser un enfant.

Dès 3 ans. Il se lit en 5 min environ.

Au revoir Blaireau, Susan Varley

Editions L’heure des histoires.

C’est l’histoire de Blaireau, ce dernier est vieux et meurt. Ses amis se souviennent des moments de partage. La mort est imagée et le livre met l’accent sur le souvenir et tout ce que Blaireau a pu apporter à ses amis.

Un très bon premier livre pour aborder le sujet dès le plus jeune âge.

Dès 3 ans. Il se lit entre 5 et 10 min.

Je vous conseille d’expliquer de manière plus concrète le passage de la mort.

Je ne te vois plus, Paul Martin

Editions les 4OO coups.

C’est l’histoire d’une petite fille qui a perdu un être proche (on ne sait pas qui c’est) et qui à travers divers objet se rappelle les bons moments. Le livre aborde le manque, la tristesse.

Un superbe livre pour une première approche, les textes sont courts et magiquement illustrés.

Entre 3 et 5 ans. Il se lit en 5 minutes.

Un bon support pour illustrer de manière positive le manque.

La vie, la mort, Astrid Dumontet

Editions Milan

Un livre sous forme de questions thématiques autour de la mort. Les simples sont simples et explicites.

Les illustrations ne sont pas géniales mais la force de ce livre ne tient pas dans ses images mais dans son contenu !

Vous pourrez utiliser ce livre ponctuellement pour expliquer un aspect. Par exemple votre enfant vous demande est-ce qu’on a peur quand on meurt ? et bien vous pourrez prendre la page qui correspond à la question et en discuter ensemble ! Je trouve ça génial.

Extraordinairement bien adapté aux 6/9 ans. Il se lit quand on veut !

A utiliser et réutiliser, on peut aborder un sujet ou plusieurs.

La mort expliquée à ma fille, Emmanuelle Huisman-perrin

Editions du seuil

Je n’ai pas lu ce livre. Néanmoins, il n’existe que peu d’ouvrages pour les ados et vu tous les commentaires positifs que j’ai reçu, je vous conseille ce livre.

Il s’agit d’un dialogue entre une mère et sa fille, elle se pose des questions et sa mère lui répond sans détours.

Tout y est dit avec clarté dans un style élégant en 60 pages. De quoi éliminer les tabous !

La mort expliquée aux enfants mais aussi aux adultes, Jean-Jacques Charbonier

GuyTrédaniel éditeur

Alors que dire de ce livre : Il est extrêmement intéressant. Le langage est accessible et rassurant pour expliquer la mort. Le style est direct et s’adresse directement à l’enfant. Il est complet et bien écrit.

Avant de se ruer sur son achat, vous devez savoir qu’il contient des idées que ne partagent pas forcément tout le monde (esprits, expérience de mort imminente).

Pour moi, il s’adresse à un adolescent mais il n’est pas fait pour lui. Mais pour l’adulte ! Lisez-le il vous donnera un autre point de vue pour ensuite en discuter.

En conclusion, oui la mort n’est pas joyeuse, on préférerait largement s’en passer alors en parler quelle plaie. En parler à nos enfants ? Encore pire, on n’irait pas se balader en forêt plutôt ?

Vous n’y couperez pas ! 

 

Il vous posera des questions ou sera confronté un jour ou l’autre par la perte d’un proche ou d’un animal. En  tant que parent ne niez pas la réalité, c’est votre responsabilité.

 

Heureusement, les êtres humains sont bien fait car ils ont la parole.

 

Parler, discuter, échanger, converser, exprimer, bavarder, communiquer, causer. Les mots ne manquent pas mais pour résumer DIALOGUEZ avec votre enfant.

C’est la base, si vous ne deviez retenir qu’une seule chose c’est celle-ci. Ne le laissez pas seul avec son imagination, comblez les vides sans nier, mentir ou cacher. C’est la base de la confiance.

Le deuil est suffisamment dur en soi alors a quoi bon le garder pour nous, ne pas s’appuyer sur ceux qu’on aime pour exprimer toute notre souffrance et notre chagrin.

Votre enfant fera le même raisonnement, alors soyez-là pour lui !!

Julien de Nordtombe